Ode à l’hôtesse d’accueil

Réflexions sur un rôle trop souvent oublié et méprisé

Mad Men © AMC

J’avoue, je me suis cherchée. Probablement longtemps pour certain.e.s, alors que j’ai toujours été guidée par une ou des passions. Vivant d’abord avec le rêve de devenir comédienne tout en écumant les castings et les rejets, je me suis ensuite trouvée dans la difficulté de trouver du travail dans la rédaction.

Dans l’obligation de me nourrir, ne pouvant vivre d’amour et d’eau fraiche et parce que les rêves, ça ne paye pas toujours, j’ai occupé tout un tas de fonctions diverses et variées : secrétaire, barmaid, baby-sitter, gardienne d’école, serveuse, vendeuse. J’ai fait des ménages, des inventaires dans des supermarchés immenses... et j’ai aussi été hôtesse d’accueil

L’autre jour, en découvrant le documentaire percutant et bouleversant La révolte des potiches de France TV, j’ai été profondément touchée. Cela a réveillé en moi l’envie de parler de mon propre vécu.

Car pendant plusieurs années, j’ai été, pour un paquet d’employé.e.s et de visiteur.se.s, la première à dire bonjour et la dernière qu’on remercie. J’ai maîtrisé tant bien que mal l’art du silence quand on me méprisait et la diplomatie quand on me bousculait. À chaque fois, je me suis tenue droite quand mon cœur vacillait et/ou que j’avais envie de disparaitre. J’ai souri quand des inconnus me touchaient, me regardaient comme un morceau de viande et m’appelaient “ma jolie” - parce que, les premières fois, j’étais honnêtement décontenancée, et les fois d’après, j’avais peur de perdre mon travail. J’ai encaissé quand ma hiérarchie ne m’a pas soutenue. J’ai répondu, écouté, attendu, subi, même quand tout en moi criait que je méritais mieux

Parce que, au risque de généraliser, j’ai vite compris qu’être hôtesse d’accueil, même si c’est parfois perçu comme un truc de planqué.e, c’est éprouvant. Certes, d’autres métiers sont plus exigeants physiquement et certain.e.s vivent des conditions de travail probablement bien plus difficiles. Mais être hôtesse d’accueil, c’est se retrouver à tolérer plein de choses : 

C’est être invisible quand tout va bien et pointée du doigt quand il y le moindre problème. C’est garder le sourire, même quand on passe une journée de merde. Comme si, toi, en tant qu’hôtesse, tu n’avais pas le droit d’être triste, fatiguée, d’avoir tes règles ou tout simplement ne pas être dans un bon mood

C’est exercer un métier qui nous rappelle sans cesse que l’on vit dans une société patriarcale. Parce qu’à chaque mission, l’hôtesse d’accueil est jugée sur son apparence avant même d’ouvrir la bouche. Fait-elle des études brillantes ? Est-ce qu’elle a des rêves ou des ambitions ? Supporte-t’elle le froid/la chaleur (au choix) dans laquelle on la fait se tenir des heures ? Personne n’en a rien à faire, tant qu’elle sourit et qu’elle est jolie. Tant qu’elle répond aux pseudos “normes de féminité”. Tant qu’elle sait marcher en talons et que, si on lui manque de respect, elle “calme les choses”. Si elle ne les calme pas, de toute façon, elle est interchangeable, peu importe son ressenti. Peu importe si elle a passé la soirée à pleurer chez elle après. 

Aujourd'hui, tel Grand Corps Malade et alors que je nage encore en plein doute concernant mon avenir professionnel, je voudrais rendre hommage à tou.te.s celleux qui ont fait ce travail aussi. Parce que l’hôtesse d’accueil, elle porte un rôle bien plus grand que ce qu’iels ne veulent avouer. Plus que cela, elle mérite tout un tas de louanges qu’on refuse de lui accorder.

Et dans la fiction ?

Le métier d'hôtesse d'accueil est parfois représenté dans les médias, même s'il est, à ma connaissance, rarement le rôle principal. Dans ces représentations, il sert souvent de point de départ pour explorer des thèmes comme le statut social, la perception du travail féminin ou encore les dynamiques de pouvoir et de classe.

Le personnage de Joan dans Mad Men incarne une critique puissante du sexisme dans le monde du travail des années 60. Cependant, dans un environnement professionnel dominé par les hommes, où les femmes sont réduites à leur beauté, elle refuse de se laisser enfermer dans un rôle. D'abord secrétaire, elle devient associée et démontre ainsi sa grande intelligence stratégique. Entre les attentes de la société et ses ambitions personnelles, Joan se bat pour obtenir la reconnaissance qui lui est due, devenant ainsi un modèle de force face à un système qui cherche sans cesse à l'objectifier.

De manière assez similaire, dans SkinsEffy commence sa carrière en tant qu’hôtesse dans un fonds spéculatif à Londres, mais rapidement grimpe les échelons après avoir couvert une erreur de sa supérieure. Son ascension au sein de l'entreprise est ensuite marquée par des manipulations et des jeux de pouvoir. Malheureusement, sa montée en puissance sera de courte durée.

Dans ces deux exemples - tout comme pour Pam dans The Office d’ailleurs - le rôle d’hôtesse est perçu comme une passerelle, un point de départ pour une évolution professionnelle avant des carrières plus prestigieuses. Pourtant, dans ce monde dans lequel on vit, tout le monde ne parvient pas aux sommets grâce à ce job. Beaucoup y restent, que ce soit par choix, par nécessité, ou simplement parce que la vie ne suit pas toujours un scénario de réussite fulgurante.

Effy dans Skins © E4

Skins © E4

En définitive, dans ce monde qui privilégie souvent l’apparence, il est frappant, absurde même de constater que certain.e.s oublient, qu’au-delà de chaque sourire, forcé ou non, se cache une personne pleine d’ambitions, de talents et de rêves. 

Au lieu donc de nous ajuster aux attentes d’une société parfois déconnectée, peut-être serait-il temps qu’elle s’ajuste à nous, qu’importe la fonction que l’on occupe. 

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